"Monsieur le Président, Mes cher(e)s collègues,
D’emblée, nous voulons faire de notre soutien aux objectifs de ce rapport visant à l’utilisation par la Région de tous les moyens en son pouvoir pour s’opposer à la culture des OGM en Ile-de-France.
Le dossier des OGM est au cœur d’une vaste controverse sociétale et scientifique.
Dangereux ou inoffensifs ?
Dans le domaine de la santé, de l’alimentation ?
En matière d’agriculture, d’environnement ?
Les citoyens s’inquiètent, se méfient légitimement.
Les OGM ne sont pas dans la droite ligne de la sélection végétale pratiquée depuis des siècles par les paysans. Ils relèvent de la manipulation génétique du vivant. Là est le fond du problème et des controverses.
A ce titre, au plan de l’éthique, il est tout à fait normal que l’on s’interroge sur l’intérêt et l’utilité d’une telle technologie.
Sans faire injure aucune aux scientifiques, on sait que nombre de laboratoires de recherches dans le monde sont liés directement ou financés indirectement par des firmes privées. Il en est de même en France où, malheureusement, les laboratoires publics et universitaires n’ont eu, pour pouvoir continuer de fonctionner, que la solution de mettre en œuvre des partenariats avec le privé.
Prenons la question agricole et alimentaire, au cœur de la polémique sur les OGM.
L’argument de choc, auquel -à première vue- on peut être sensible, serait que les plantes OGM offriraient une réponse à la faim dans le monde.
La faim touche 815 millions d’êtres humains et 2 milliards de personnes souffrent de carences alimentaires.
Cependant, la faim ne résulte pas d’une pénurie alimentaire, mais du manque d’argent et du manque de terre pour le paysan pour la cultiver. Ce sont, en effet, les petits paysans les plus pauvres qui constituent la grande masse des sous-alimentés. Et 80% des enfants qui souffrent de malnutrition dans le monde vivent dans des pays où il existe un surplus alimentaire.
De plus, faute de moyens, un pays comme le Mali -qui, d’ailleurs, fait partie des « zones de coopération prioritaires » de notre collectivité- ne peut avec un fleuve comme le Niger, mettre en place des centaines de milliers d’hectares de culture irriguée. Ce qui lui permettrait d’en faire un grenier pour la région.
Les causes fondamentales de la faim et de la malnutrition sont, avant tout, politiques et économiques. Et ce ne sont pas les OGM qui résoudront ce problème, d’autant plus qu’ils relèvent d’une logique de développement néocolonial, assurant les intérêts, non pas des populations, mais de quelques multinationales de l’agro-alimentaire. Celles-ci investissent en effet dans quelques plantes à forte valeur commerciales, généralement exploitées en monoculture, et délaissent les plantes vivrières, qui jouent pourtant un rôle vital dans l’alimentation et qui sont adaptées aux environnements difficiles.
A l’inverse de cette logique, la souveraineté alimentaire et le droit des peuples à se nourrir doivent être garantis à chaque pays.
De plus, les OGM, parce qu’ils appartiennent à un modèle agricole qui prône la monoculture et l’uniformité génétique, menacent de réduire encore plus la diversité.
Chaque plante se décline en effet sur la planète par des centaines, voire des milliers, d’espèces. C’est une richesse considérable pour l’humanité. Or, cette biodiversité est en péril.Et la principale cause de son déclin est le remplacement des variétés locales par de nouvelles variétés, le plus souvent imposées par ces multinationales.
Il est donc indispensable de protéger la biodiversité. Et, pour ce faire, il est indispensable de préserver le droit des peuples et des paysans de continuer à conserver, partager et à échanger leurs semences ainsi qu’à cultiver, récolter et utiliser les plantes médicinales.
On le voit les enjeux économiques, humains, environnementaux sont considérables.
Plus inquiétant encore, les OGM ne font pas que s’inscrire dans une logique déjà en cours, ils l’aggravent. L’enjeu n’est rien de moins que la privatisation totale du vivant !
En modifiant le vivant, les entreprises déposent en effet un brevet comme pour une invention. Et elles poursuivent ceux qui, depuis des millénaires, s’inscrivent dans le cycle du vivant en semant et en cultivant : autrement dit les paysans.
Ce qui nous fait dire que le vivant ne doit pas être brevetable. Les gènes (végétaux, animaux et humains) doivent être déclarés « patrimoine mondial commun de l’humanité ».
Au delà de ces enjeux, certains peuvent dire que ce qui est condamnable, ce ne sont pas les OGM en eux-mêmes mais l’utilisation qu’on en fait.
Or, aucune étude clinique sérieuse sur les risques sanitaires pour les êtres humains -et très peu sur les animaux- n’a été menée ou publiée.
Par contre, des évaluations ont été effectuées, montrant que le transfert de gène entre culture OGM et non OGM pouvait être important.
C’est pourquoi nous adhérons au principe de moratoire international sur la culture commerciale des OGM et à la mise en place d’une réglementation pour contrôler toute expérimentation en ce domaine.
En tout état de cause, le principe de précaution doit s’appliquer, de façon d’autant plus cruciale que la non réversibilité d’un processus de dissémination des OGM est établie.
Pour autant, faut-il interdire toute recherche sur les OGM ?
Le principe de précaution n’interdit pas la recherche. Il entend la contrôler.
L’utilisation d’OGM peut se révéler intéressante au plan pharmaceutique et au plan énergétique.
Mais la recherche doit alors se conformer à un cahier des charges rigoureux, évitant la dissémination dans l’atmosphère.
De même, les crédits publics de la recherche, seul à même de mener des programmes indépendants du privé, doivent être développés.
Enfin, tout ceci ne peut, bien évidemment, se concevoir que dans le cadre d’une transparence, d’une information et d’un contrôle démocratique et public sans faille.
Pour conclure, le groupe CACR -vous l’aurez compris- votera ce rapport.
Nous proposons trois amendements qui visent à donner encore plus de force et de sens à l’implication de la Région et à favoriser la mobilisation citoyenne.
Je vous remercie de votre écoute et des engagements qui se manifesteront dans la réponse de l’exécutif."