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Conférence de presse de Daniel Brunel à Nemours (77)
Les questions de l’emploi en seine et marne
Jeudi 24 mars 2005, à Nemours, dans le Sud de la Seine et Marne, Daniel BRUNEL, Vice-Président du Conseil Régional d’Ile de France Chargé de la Formation Professionnelle,du Développement Economique et de l’Emploi ortenait une conférence de presse autour des questions de l’emploi. Nous reproduisons c-dessous l’intégralité de son intervention.

Mesdames, Messieurs,

Vous connaissez l’objet de cette conférence de presse, je vous le rappelle : la situation économique et sociale du sud Seine et Marne dans la région de Nemours, Morêt sur Loing, la Chapelle la Reine, se dégrade. De 800 à 1000 emplois directs sont menacés dans cette zone du département.

Face à cette situation plus que préoccupante, quelles alternatives proposer ?

Quelle posture doivent prendre les collectivités territoriales (Conseil Général et Conseil Régional), pour se placer résolument au service des populations et des salariés ?

L’initiative d’aujourd’hui, correspond à l’engagement que nous avons pris le 10 février dernier, avec mon ami Michel Billout, Sénateur de Seine-et-Marne, lors de la réunion publique à Bagneaux, à propos de Thomson Vidéo Glass.

Nous avons dit, à ce moment, notre volonté de tout faire pour ne pas se retrouver dans la situation de SKF où, malgré le combat exemplaire des salariés avec la CGT, il n’a pas été possible d’empêcher la fermeture conduisant à un gâchis social, humain, industriel.

Depuis, nous avons eu la confirmation de la fermeture de Nina Ricci et l’annonce de la fermeture prochaine d’ABB-Automation, à Champagne sur Seine.

Comme l’a précisé, à ce propos, François Roger, maire de Champagne sur Seine :« On ne s’attendait vraiment pas à une fermeture d’ABB, car l’an passé le groupe a réalisé des investissements très importants pour moderniser le site et l’entreprise tourne bien ». Je le cite, encore :«  C’est à l’image de l’ultralibéralisme : pour le bénéfice d’une poignée d’actionnaires, les dirigeants n’hésitent pas à mettre dans le désarroi de nombreuses familles ». Je partage ce diagnostic.

C’est cette même logique de rentabilité financière qui a prévalu hier à SKF, aujourd’hui pour Nina Ricci et ABB et demain pour Thomson, si nous laissons faire ! Nous ne laisserons pas faire ! Et c’est pourquoi, nous avons pensé utile d’inviter à cette conférence de presse tous les syndicats des entreprises concernées. Je tiens à les remercier pour leur présence.

Cette situation est inacceptable, précisément à un moment où la Région a décidé de s’engager sur les pôles de compétitivité comme celui du " Pôle Image/Vie numérique/Multi média" dans lequel Thomson est, d’ailleurs, impliqué ; pour le développement des filières économiques, comme l’aéronautique et l’automobile ; pour l’élaboration d’un Schéma Régional de Développement Economique, afin de valoriser l’ensemble du potentiel économique et humain francilien ; pour réévaluer et optimiser nos aides vers les PME-PMI-TPE.

A l’évidence, certains grands groupes industriels ne pensent qu’à rentabiliser leurs capitaux, à faire de l’argent dans des délais les plus courts possible, à l’encontre de l’efficacité sociale, économique et humaine. Décidément, l’ultralibéralisme n’a pas de frontière et nous entendons y opposer un NON résolu !

Il est vrai que l’exemple vient d’en haut, pour peu que l’on observe l’actuelle course aux profits que révèlent les indices d’évolution du CAC 40.

C’est ainsi que les 40 plus grands groupes français cotés ont cumulé un bénéfice de plus de cinquante milliards d’euros l’an dernier (+60% en un an !) et qui ont distribué à ce titre 22 milliards d’euros de dividendes (+37%) à leurs actionnaires. Les chefs d’entreprise peuvent se targuer d’un niveau élevé de rentabilité de leur capital. Il a atteint en moyenne 16 % pour le CAC 40.

L’augmentation constante des émoluments des dirigeants (+23% en moyenne en 2003 pour la part salariale des PDG du CAC 40) ont de quoi nourrir la colère des salariés.

En même temps, on voit, depuis la fin des années 90, une tendance à la baisse du taux d’investissements directs nets. Ceci conduit, en Europe notamment, à une stagnation de la production industrielle.

L’Ile de France et la Seine et Marne ne sont pas épargnés.

La santé florissante des entreprises françaises et de leurs PDG est d’autant plus difficile à digérer pour l’opinion publique, qu’elle ne s’accompagne pas d’une augmentation des embauches, et que le marché du travail ne cesse de se détériorer. Le taux de chômage a atteint en janvier, la barre symbolique des 10 % de la population active, un niveau inconnu depuis 5 ans. Les effets de cette politique du tout pour la finance et les profits sont connus :

restructurations-fusions-acquisitions

fermeture d’entreprises

délocalisations

dumping social

avec pour seul corollaire des gâchis humains considérables, des zones entières, comme dans cette partie de la Seine et Marne, soumises à des risques de désertification économique : Thomery, Ury, Bagneaux, Champagne...

C’est ainsi que le Sud Seine-et-Marne devient véritablement sinistré, dans un département où les dernières statistiques montrent une progression plus forte du chômage des jeunes, avec un allongement de la durée pour les plus de 45 ans et une plus grande précarisation du travail pour tout le monde.

Laisser détruire l’emploi industriel aujourd’hui, c’est accepter pour demain des mises en cause des emplois de services, des commerces, des services publics. Ainsi la question du devenir de l’hôpital de Nemours est d’ores et déjà posée. C’est bien tout le bassin de vie de Nemours, Morêt et de la Chapelle la Reine qui est touché.

Oui, il y a urgence à résister, à mobiliser toutes les forces sociales et politiques, tous les élus et la population concernée et à travailler ensemble à des réponses alternatives, site par site et sur l’ensemble de ce territoire menacé.

C’est tout le sens de nos réflexions que nous soumettons, ce soir, afin de prendre toutes les initiatives du local au national, en revendiquant le droit d’ingérence des deux collectivités, Conseil Général et Conseil Régional, pour faire bouger l’état des choses.

Examinons d’abord ces problématiques, situation par situation :

SKF : J’ai demandé au Sous-Préfet, la réunion, en urgence du comité de suivi pour le respect de la convention cadre. Le problème majeur, conformément à cette convention, est celui de la réindustrialisation du site alors que SKF tend à se désengager concernant le prix de vente de l’usine.

Je tiens à vous informer que nous avons convenu, d’un commun accord -Région et Département- d’apporter, notre contribution financière (à hauteur de 200 000 euros), afin de débloquer la situation et pour obliger SKF à respecter sa signature, au titre de sa responsabilité sociale.

 : Je réitère ma demande d’une table ronde auprès du Préfet, dès lors qu’il m’est apparu la possibilité de rassembler l’ensemble des acteurs économiques, dans un souci d’anticipation vis à vis des risques de destructuration d’emplois, qui impose, durant cette période (c’est-à-dire pour toute l’année 2005), qu’aucune mesure ne soit prise, affaiblissant le potentiel existant, afin de sauvegarder l’avenir.

Cette table ronde, placée sous l’autorité du Préfet, concernerait la direction de l’entreprise, les organisations syndicales, les élus locaux, départementaux et régionaux concernés, avec en appui, les agences de développement économiques.

A ce jour, le Préfet n’a toujours pas répondu à ma lettre considérant a priori que « l’on avait du temps devant nous » !

Persister dans ce sens serait une grave erreur.

Aussi, j’entends relancer le Préfet et m’adresser à la direction de Thomson Vidéo Glass, afin qu’elle confirme sa participation à cette initiative. Dans tous les cas de figure, si les tergiversations se poursuivaient, il conviendrait alors -sans exonérer la responsabilité publique de l’état- que le Conseil Régional et le Conseil Général prennent la main. J’y veillerai.

NINA RICCI : 113 emplois sont concernés. J’ai rencontré avant hier les organisations syndicales CGT, CFDT, CGC et FO. Il y a urgence à ce que DDTEFP de Seine et Marne confirme l’avis émis par celle des Hauts de Seine, qui a souligné que « la carence du plan social de l’entreprise emporte la nullité de la procédure de licenciements collectifs ».

Avec les représentants des syndicats, nous avons convenu de ne pas laisser la direction du site liquider la production aujourd’hui, la distribution demain. Il s’agit en effet d’un enjeu capital. Notre pays qui a des acteurs majeurs dans le secteur du luxe, je pense à LVMH, par exemple ne peut voir « filer » ce qui est une partie du génie national, qui porte loin la renommée de notre pays, l’industrie du parfum, comme d’ailleurs celle de la haute couture. Dans le même temps où le gouvernement sélectionne les appels à projet sur les pôles de compétitivité, où le Ministre du travail soutient la « cosmétic valley » qui rayonne sur les Yvelines et la Région Centre, il est incompréhensible que le gouvernement laisse brader cette entreprise sans lui demander des comptes.

ABB AUTOMATION : Un comité d’entreprise extraordinaire est prévu pour le 31 mars qui portera sur la fermeture du site. 213 salariés sont concernés, sans compter la quarantaine d’emplois induits. Soyez assurés que nous allons suivre de près ce dossier.

Sans tarder, j’interpelle les pouvoirs publics sur la nécessaire vigilance, les exigences qui doivent être imposées à cette entreprise. Je n’oublie pas , en effet, que c’est en partie à cause d’une alliance malheureuse avec cette entreprise qu’ALSTOM a dû se tourner vers l’Etat pour ne pas disparaître. Et les salariés n’en finissent pas de payer les pots cassés, car à VELIZY les salariés d’ALSTOM POWER BOILER, font aussi face aux conséquences de cette stratégie industrielle hasardeuse. Les leçons de l’expérience doivent être tirées afin que là également les salariés ne soient pas les victimes des stratégies financières.

Sur l’ensemble du bassin d’emploi :

Par lettre du 14 mars, le Président du Conseil Général m’a confirmé sa volonté de voir unir nos efforts pour préserver l’emploi autour de Thomson et plus largement, sur l’ensemble du bassin d’emploi, aujourd’hui, en danger.

J’ai sollicité le Préfet dans ce sens qui me confirme par courrier daté du 18 mars, son objectif de mettre en place, « une plate-forme de développement du Sud Seine et Marne », outil partenarial de suivi des procédures de reclassement. Bien entendu, nous intégrons cette perspective comme une avancée possible, mais il y a besoin d’actes concrets et qui ne soit pas que des mesures de simple accompagnement social.

Certes, c’est une première mesure qui témoigne de l’inquiétude de l’Etat. Elle ne peut suffire ; pour ma part, je souhaite qu’à l’instar de ce qui a pu être mis en œuvre dans des régions ou départements touchés par un recul industriel, je pense à ROMORANTIN avec MATRA, soient mis en place rapidement un contrat de site actant de l’engagement interministériel ; désignant un pilote de l’action des pouvoirs publics et des entreprises ; mobilisant l’ensemble des dispositifs permettant des réimplantations ; assurant le développement en grand de l’emploi et de la formation, la mutation du territoire dans une perspective de croissance. Avec mon ami Michel BILLOUT, nous allons saisir le Premier Ministre et le Ministre de l’Equipement, pour que cette proposition soit inscrite à l’ordre du jour d’un prochain CIADT, pour que le fonds national d’aménagement durable du territoire puisse être mobilisé en région parisienne.

Il reste que tout engagement dans le sens de préparer l’avenir par des mesures de reconversion, de réindustrialisation et de développement économique, impose de savoir dire NON à la fermeture de Nina Ricci et d’ABB. Un moratoire suspensif devient alors un passage obligé.

D’autres mesures pourraient être prises :

avec la suspension des plans sociaux en cours, la création d’un observatoire pour suivre l’évolution de l’emploi, dans le département,

la tenue d’une séance publique du Conseil Général sur le devenir économique du Sud de la Seine-et-Marne.

Sans attendre, j’interviens auprès du Vice-Président du Conseil Général en charge de ces questions, pour provoquer une réunion de travail entre la Région et la Seine et Marne, avec nos agences respectives de développement.

A l’heure du plan dit de cohésion sociale « cohésion sociale », j’ai demandé à Monsieur le Directeur Régional du Travail, ce lundi devant le CCREFP (Comité de Coordination Régional pour l’Emploi et la Formation) que soit travaillé l’opportunité d’une maison de l’emploi dans le bassin du Sud Seine et Marne, portée dans une logique de dynamique d’emplois et de revitalisation économique.

Avant hier, j’ai participé à une rencontre avec Monsieur Gérard Larcher, Ministre Délégué aux Relations du Travail. Je n’ai pas manqué d’évoquer avec lui, cette idée de la « plate-forme de développement du Sud de la Seine et Marne » et du souci d’apporter des réponses concrètes pour Nina Ricci et ABB. Nous avons convenu de nous revoir.

Voilà, Mesdames et Messieurs, les éléments que nous voulions porter à votre connaissance. Il reste que pour nous, l’essentiel est de placer toutes ces questions entre les mains des citoyens, des salariés.

D’où le souci de rencontrer les organisations syndicales concernées et de placer cette conférence de presse à leur disposition.

Oui, la politique peut influer sur les choix économiques, à condition de les faire partager par les populations et les salariés, pour qu’ils s’en emparent ! C’est tout le sens de cette conférence de presse.

Je vous remercie de votre attention.

Déclaration du jeudi 24 mars 2005
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