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Journal du groupe N°9

REGARDS sur la région Ile-de-France (trimestriel N°9 - 2009 - Budget 2008 : desserrer les contraintes pour renforcer nos priorités)
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> Elus > Henriette Zoughebi > Mandat régional 1998-2004 >
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Introduction au débat
Notre ambition : favoriser la rencontre et l’échange entre les artistes, les acteurs du monde culturel et les Franciliens dans leur diversité

Je vous remercie d’avoir répondu à cette invitation, dont nous attendons d’abord le dialogue entre personnes, élus et professionnels exerçant des responsabilités différentes, l’échange d’expériences et le partage des interrogations, enfin, la construction de propositions. En effet, avant que la Gauche plurielle n’accède aux responsabilités, la Droite avait considéré que la Culture n’était pas une compétence régionale avérée, ce dont parlait tout à l’heure Daniel Brunel et donc qu’elle avait à s’en préoccuper à la marge. Elle s’est donc contentée de soutenir les associations dont elle s’était dotée, l’Orchestre National d’Ile-de-France, Thécif, le Festival d’Ile-de-France, Opéra Ballet d’Ile-de-France et le Fond Régional d’Art Contemporain. Associations dont les équipes ont fait un travail remarquable et qui voient aujourd’hui leur mission redéfinie et amplifiée. Par ailleurs, elle avait, à la marge là-aussi, aidé à l’investissement pour les équipements culturels, comme les conservatoires de musique et de danse, le théâtre et s’était investie dans le patrimoine. Le champ ouvert devant nous était donc immense et nous l’avons abordé avec une majorité dite relative et vous connaissez la difficulté de l’exercice. Dans cette situation, aussi, où les responsabilités respectives de l’Etat et des diverses collectivités territoriales ne sont pas clairement fixées. Il s’agit donc avant tout d’une politique volontariste dans laquelle le choix du politique est déterminant. A mi parcours, le Groupe communiste souhaite vous faire part des avancées que nous avons construites avec nos collègues de la Gauche plurielle et en particulier avec la Vice présidente Marie-Pierre de la Gontrie et de nos interrogations et recueillir vos avis et suggestions. J’ai été pour ma part très intéressée par le numéro de Beaux-Arts Magazine d’avril, qui vient donc de paraître, dont le titre est déjà un manifeste :" Présidentielles, pourquoi on a besoin de culture et d’utopie ? " Personnellement, la révélation enfant, de ce que m’apportait la lecture, a été l’expérience sur laquelle j’ai construit toute ma vie. Ces quelques mots du poète Ghiannis Ritsos peuvent en rendre compte : " J’ai refermé les livres, la colline est entrée dans ma chambre. " Je reste toujours émerveillée de cet espace mental que peuvent ouvrir les mots sur une page, de l’émotion qu’ils peuvent susciter, de l’état de méditation dans laquelle ils peuvent nous transporter. De famille ouvrière, immigrée d’Europe de l’Est, j’ai toujours en moi ce désir de partage, pour que chacun puisse faire l’expérience de ce rapport magique à la langue dans laquelle se construit le rapport au monde, aux autres, à soi et se développe la pensée. C’est pourquoi, j’ai accepté avec beaucoup de plaisir la proposition du Groupe communiste de prendre la responsabilité de la présidence de la commission culture. Le numéro de Beaux-Arts Magazine est passionnant, même si concernant les politiques, tous apparaissent comme disqualifiés sur ces questions de la culture. Et je voudrais dire que, ayant participé ardemment au Salon du livre, qui vient de se terminer, nous avons vu comment les intellectuels et en particulier les écrivains se sont dressés contre Berlusconi, combien leur parole s’est fait entendre, et donc combien aussi la littérature se porte bien quand elle rencontre les interrogations de la société. Dans le même Beaux-Arts Magazine, le sondage qui a été effectué par Beau-Arts et BVA, un sondage est donc publié, qui montre combien ces questions de la culture sont des questions populaires et non pas élitistes, contrairement à ce que beaucoup pourraient croire. Je cite quelques questions : "selon vous la culture n’est pas une marchandise, elle doit être protégée pour garantir la liberté de création et de diffusion ?" Oui à 92 %.

Nous reviendrons notamment, avec notre ami Jack Ralite, sur l’exception culturelle. Je le remercie encore vivement d’être avec nous. Cette question nous tient particulièrement à cœur. L’écrivain Eric Reinard dans les Inrokuptibles, cette semaine, écrit : " Nous avons ressenti les propos de Jean-Marie Messier, comme étant d’une incroyable violence, parce que nous aussi tenons pour vital et essentiel la diversité de création et l’innovation artistique ". La création artistique manifeste, je crois, effectivement de l’existence d’une alternative au modèle et au mode de vie que la logique du libéralisme voudrait nous imposer. Logique du commerce, du divertissement, des produits calibrés, pour un imaginaire formaté, il est encourageant de voir l’opinion mesurer les enjeux. Je citerai encore quatre autres questions :

"Pensez-vous qu’une forte politique culturelle puisse aider à lutter contre les inégalités sociales ? "Oui à 72%.

" Aider à lutter contre l’insécurité ? " Oui à 64%.

"Rendre les gens heureux ? " Oui à 77%

" Rendre les gens plus libres ? " Oui à 76%.

Cela montre ce que nous savons bien, nous qui travaillons en banlieue, que les activités artistiques et culturelles concernent, au-delà de ceux qui fréquentent les équipements, la fierté des habitants d’avoir un théâtre, un festival. Nombreux sont, parmi vous, ceux qui pourraient témoigner de cette réalité. Les gens sont conscients que la culture, c’est du lien social, c’est de la parole, du dialogue au sein de la cité, c’est tout le contraire du modèle de société que l’on veut nous imposer, avec une stigmatisation de la jeunesse, la mise à l’écart des plus démunis, une politique sécuritaire. La culture, c’est un formidable appel à la démocratie. La Région Ile-de-France a, j’en suis persuadée, une responsabilité toute particulière dans le domaine des arts et de la culture. D’abord parce que le nombre d’artistes, d’écrivains, de musiciens, de danseurs, de comédiens, de plasticiens, qui vivent et tentent d’y travailler est incomparable avec n’importe quelle autre région de France. Il en va de même des équipes et des compagnies artistiques. Ensuite parce que l’offre culturelle y est exceptionnelle, la Région Ile-de-France est la Région capitale, elle se doit d’avoir une ambition nationale, européenne, internationale. Permettez-moi d’insister sur quelques éléments, dont nous avons, je crois, à tenir compte, pour notre politique régionale, et que je soumets à votre réflexion.

la première, c’est l’inégalité de situation des territoires et les inégalités sociales des populations. Ainsi, si deux tiers des subventions du Ministère de la culture vont à des établissements parisiens, pour autant le cœur de la capitale et les quartiers périphériques ne sont pas du tout dans la même situation. Si nous avons huit départements dans cette région, la situation des Hauts-de-Seine, dont la population a les plus hauts revenus d’Ile-de-France, et qui bénéficie des subventions les plus importantes de la part de l’Etat, n’est pas la même que celle de la Seine-Saint-Denis, qui a le taux de chômage le plus important et le plus grand nombre d’écoles en ZEP d’Ile-de-France, quels que soient les efforts pour une véritable politique culturelle du Conseil régional et de bien des villes. Si on continue la réflexion, c’est sûr qu’à l’intérieur des Hauts-de-Seine, là-aussi, les différences et les inégalités sont criantes. La Seine-et-Marne, avec ses zones rurales, a un grand retard en équipements culturels à rattraper.

Le deuxième aspect sur lequel je souhaite attirer votre attention, c’est l’évolution des attentes. En effet, il y a un désir de participer, de pratiquer qui est en forte augmentation, notamment chez les jeunes, mais aussi chez ceux, qui, par les 35 heures voient du temps se dégager pour eux et chez les jeunes retraités. Par ailleurs, des équipes artistiques, des compagnies, expriment le désir, de plus en plus, de construire un dialogue, avec un territoire, une population, cela se pratique dans des lieux émergents, mais aussi parfois, dans des lieux plus institutionnels. Aussi, il me semble, que le principal pari de notre politique régionale est d’encourager, d’aider au développement sous toutes les formes, de la rencontre entre les artistes, les équipes, les populations dans toute leur diversité. C’est un chantier dans lequel l’innovation est indispensable. Pour créer des rencontres, les lieux sont indispensables. Nous avons donc développé une politique d’aménagement du territoire, mais le résultat est bien loin d’être satisfaisant aujourd’hui. Notre Conseil régional a encouragé le développement des lieux de proximité par ses subventions, désormais les médiathèques sont aussi subventionnées.

Nous avons aussi renforcé l’aide aux cinémas indépendants. Nous voyons combien c’est nécessaire face aux multiplex, qui ont contribué en très peu de temps à écraser l’offre culturelle. Chacun constate combien les mêmes films sont présentés partout, au même moment. C’est la diversité de l’offre que nous défendons ainsi, essentielle pour maintenir la diversité de la création. En matière de cinéma, d’ailleurs, notre Conseil régional a inauguré une politique originale, croisant la politique économique, puisque nous venons d’initier une politique d’aide aux industries techniques du cinéma, pour maintenir notre potentiel économique, le développer, en région, utiliser toutes les compétences et les savoir-faire réunis dans cette région. Ainsi, on peut espérer ne plus voir le gâchis humain et économique que représente la liquidation de la S.F.P. se reproduire. Liquidation contre laquelle les élus communistes, les syndicalistes et les professionnels se sont élevés avec beaucoup de vigueur, hélas sans parvenir à l’empêcher. En même temps à travers Thécif, se développe une aide au court et moyen métrage. Autre volet de cette politique en faveur du cinéma, c’est l’éducation à l’image, à travers "lycéens au cinéma " qui va se mettre en place à la rentrée. Et je crois que cette question de l’éducation est une question fondamentale aujourd’hui. La Région a aussi ouvert en grand le dossier des technologies de l’information et de la communication, sur lequel nous étions et nous sommes encore très en retard. Trois directions pour cette politique nouvelle : l’équipement de la région en haut-débit, le volet de démocratisation des accès pour le plus grand nombre, et enfin, celui du soutien à des contenus innovants et créatifs. Car bien évidemment, ce que l’on met dans les tuyaux reste une grande question. Du côté des publics, la politique d’incitation s’est d’abord illustrée en direction des lycéens puisque c’était une compétence reconnue à la Région, avec un chéquier culture, dont la mise en place, n’est pas simple. En effet, une politique tarifaire ne suffit pas. Depuis le début, nous avons insisté sur le fait qu’il fallait faire connaître l’offre dans sa diversité, de manière vivante, et qu’il y avait un rôle important dans le rapport aux équipes artistiques.

Il y a également des liens avec les établissements scolaires à construire. Nous pensons qu’il serait intéressant, c’est ce que disait Daniel dans sa courte intervention, d’étendre aux jeunes des quartiers, par les missions locales et aux étudiants, ce chéquier culture. Enfin, nous avons encore à réfléchir sur, comment mieux accompagner les équipes artistiques dont les projets sont d’intérêts régionaux et comment mettre en valeur le foisonnement artistique de notre région. Notre proposition de créer un centre régional du livre et de la lecture va dans ce sens. Aider, à la fois au maintien de la librairie, au développement des politiques culturelles, de promotion de la création littéraire dans les bibliothèques, à la vie intellectuelle par le soutien aux revues, voire à la jeune et nouvelle édition indépendante, permettre aux écrivains de réaliser, s’ils le souhaitent, des résidences dans des théâtres, des maisons de quartier, des établissements scolaires, des librairies, le champ des possibles est vaste. Inventer du nouveau, dans une relation vivante avec les artistes, les passeurs que sont les éducateurs, au sens large du terme, les militants associatifs et les élus, voilà qui nous enthousiasme. Il me semble qu’une nouvelle étape, peut et doit être franchie, ce débat doit nous aider à la construire.

Déclaration du dimanche 7 avril 2002
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Mandat régional 1998-2004
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