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Enseignement Supérieur, Recherche, Innovation 2005-2010
Une stratégie régionale pour des enjeux nationaux et européens.
Jeudi 26 mai 2005, en séance du Conseil régional, Mouloud Aounit est intervenu, sur le rapport cadre enseignement supérieur, recherche, innovation 2005-2010. Au nom du groupe CACR, il a rappelé la direction du chemin que le groupe souhaitait prendre et a approuvé les orientations prises par la région pour les cinq ans a venir.

Monsieur le Président, Monsieur le Vice-Président, Mesdames et messieurs les conseillers et conseillères,

Depuis la semaine dernière, les difficultés de la recherche française reviennent à grand pas sur la place publique. Les chercheurs essaient de nous faire entendre, ou plus exactement, de faire entendre au gouvernement ce que doit être une politique de recherche du XXIème siècle. Leurs luttes exemplaires montrent combien le manque de moyens, la précarité de leur statut, nuisent à la finalité de la recherche de notre pays.

Depuis plus d’un an, le mouvement pour sauver la recherche nous montre efficacement que les inquiétudes se renforcent face aux orientations gouvernementales, européennes, qui cherchent à sacrifier la recherche publique en la soumettant aux injonctions d’intérêts privés, à la rentabilité, à la marchandisation à tout prix.

Bien entendu, le rapport cadre que nous examinons aujourd’hui, n’a pas vocation à trouver réponse à toutes les problématiques d’enseignement supérieur, de recherche, d’innovation. La Région ne doit pas se substituer à l’immense responsabilité de l’Etat dans ce domaine. Mais nous ne pouvons rester en dehors de ces enjeux nationaux, européens, et, c’est pourquoi, ce rapport doit, un an avant le prochain Contrat de Plan Etat/Région, indiquer la direction du chemin que nous souhaitons prendre.

Et pour nous, ce rapport pour les 5 années futures, y contribue :

-  Premièrement, dans sa volonté de traiter ensemble, dans un seul document, 3 domaines très liés les uns aux autres, mais qui ne se côtoient pas toujours. Le CCRRESTI avec son apport dans la réflexion, dans l’évaluation, est un acteur important pour poursuivre ce travail. Nous nous satisfaisons du rôle qui lui est donné, et, nous ne doutons pas que nous saurons écouter et associer ces personnalités.

-  Deuxièmement, dans sa volonté, de donner au domaine scientifique francilien, toute la place qu’il mérite. Le potentiel de notre Région est effectivement exceptionnel, contribuant au développement régional, un développement multidimensionnel. Il s’agit de le mettre en valeur, de soutenir les projets innovants, nos universités, nos laboratoires de recherche, nos PME, nos étudiants. Plusieurs dispositifs vont dans ce sens.

-  Troisièmement, il y a dans le rapport la volonté de démocratiser, de rendre plus quotidienne, la science, en favorisant les débats, les rencontres. Les enjeux scientifiques, technologiques de demain, doivent toujours être dans les mains du plus grand nombre de nos concitoyens.

Vous l’aurez compris, les principes d’action, les dispositifs et les objectifs décrits dans ce premier rapport cadre, sont partagés par notre groupe. Par exemple, nous nous satisfaisons fortement que l’égalité territoriale, l’accès à la connaissance, à la formation pour tous soit un souci affiché dans l’exposé des motifs et nous serons très attentifs à son effectivité.

Cependant, permettez-moi, Monsieur le Vice-Président, de pointer, selon nous, une faiblesse dans ce rapport, un axe que nous aurions aimé voir plus fortement inscrit, plus clairement affiché dans la délibération. Bien entendu, une part importante des actions, des dispositifs concernent l’amélioration des conditions de vie des étudiants, des parcours de formation. Mais au-delà des actions, des dispositifs, il nous semble que cela doit être posé comme un objectif régional prioritaire et lisible au même titre que les autres. C’est la ligne générale et cohérente défendue dans nos amendements, nous y reviendrons, et nous pensons que c’est la volonté commune de notre assemblée, de sa majorité.

Notre Région possède certes un potentiel exceptionnel d’enseignement supérieur, de recherche, d’innovation mais nous ne pouvons nier l’inégale répartition de toutes ces offres, leur inégal accès. Notre objectif doit être que l’enseignement supérieur, la recherche, l’innovation, très souvent, synonymes de richesse, d’attractivité, ne deviennent pas des facteurs d’exclusion, ne faisant que renforcer les écarts déjà existants.

Car, sans noircir le tableau, c’est bien d’exclusion, de précarité dont il s’agit pour certains.

Monsieur le Président, Monsieur le Vice-Président,

-  Comment accepter que le taux de réussite des étudiants en DEUG en Seine-Saint-Denis soit si peu élevé ?

-  Comment accepter les disparités sociales criantes entre le profil des étudiants quand ces mêmes disparités sont en fait synonymes de ségrégation ? Rendons nous compte : La part des enfants de parents ouvriers ou employés varie de 10% à Paris Dauphine à 34% à Villetaneuse, les étudiants bénéficiant d’une bourse sur critères sociaux représentent à peine 10% des inscrits de la Sorbonne, mais près de 30% en Seine-Saint-Denis. Au moment de leur inscription, à peine 3 % des étudiants de la Sorbonne déclaraient exercer une activité professionnelle, contre 42% des étudiants de Saint Denis.

-  Comment accepter que certaines universités soient des plus prestigieuses au monde, sans que pour autant cette renommée ne soit une force d’entraînement pour l’ensemble des universités franciliennes, et qu’au contraire, le fossé se creuse dangereusement entre ces universités bien cotées et les autres ?

-  Comment accepter, enfin, que des étudiants, sacrifient leurs études à cause de leurs conditions de vie qui se dégradent ? (temps de transport élevé, manque de logement, nécessité d’avoir un travail pour survivre..)

Nous ne pouvons l’accepter car ce n’est pas digne de notre Région, cela ne reflète pas notre conception solidaire, du droit à l’étude pour tous. Bien sûr, ce sont des défis extrêmement difficiles à relever tant les facteurs sociologiques qui pèsent sur certains jeunes sont lourds. Bien sûr, nos compétences en la matière sont limitées, l’Etat devant agir à partir de ses propres responsabilités. Mais il nous semble que nous devons avoir comme objectif cette réduction des inégalités sociales, scolaires, territoriales. Nous avons 5 ans pour agir davantage, pour marquer notre identité, et nous attaquer à la dégradation de l’enseignement supérieur de certains territoires franciliens. Il serait d’ailleurs intéressant, et nous vous le proposons, Monsieur le Vice-Président, de faire une étude du profil des étudiants franciliens, de la réalité sociologique, de leurs conditions de vie, de l’état des universités.

Le bilan du schéma des formations, la réflexion autour du SDRIF, du schéma de développement économique seront également des éléments précieux pour nos futures décisions politiques.

Pour conclure, Monsieur le Vice-Président, nous tenions à souligner la méthode de travail faite d’échange, de concertation, d’écoute que vous avez mené au cours des dernières semaines pour élaborer de manière ouverte et évolutive ce rapport. Nous avons pu, en tant que groupe, apporter des éléments plus proches de nos préoccupations politiques. Nous espérons que notre intervention de ce jour et nos amendements sauront à nouveau trouver de l’écho pour finaliser ensemble la stratégie régionale d’enseignement supérieur, de recherche et d’innovation de l’Ile-de-France.

Je vous remercie de votre attention.

Intervention en séance du jeudi 26 mai 2005
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