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Séance du conseil régional des 17 et 18 mai 2006
La Région va demander au Premier Ministre d’abandonner les poursuites
Question orale déposée par le Groupe CACR
Rosita Jaouen est intervenue, en séance du Conseil régional, pour demander à Jean-paul Huchon d’intervenir auprès du Premier Ministre pour que toutes les poursuites engagées et les peines déjà prononcées, contre les jeunes anti-CPE soient abandonnées.

On disait notre jeunesse atone. Or, depuis 2 ans, elle bouge, elle résiste, elle se révolte. L’an dernier, elle s’est mobilisée avec force contre la loi Fillon qui va aggraver les inégalités dans notre système éducatif. Durant l’automne 2005, une partie de la jeunesse, celle qui subit de plein fouet, les inégalités, les discriminations, les difficultés au quotidien, s’est révoltée.

Et puis, lors des trois derniers mois, nous avons assisté à un mouvement qui a rassemblé non seulement les jeunes, lycéens, étudiants, apprentis, mais également des salariés. Tous ensemble, ils ont refusé le CPE, contrat symbole de précarité, du salarié jetable, qui a été le révélateur de la société proposée à notre jeunesse, par ce gouvernement libéral. Tous les salariés ont bien perçu que c’était le droit du travail qui était remis en cause.

Pendant plusieurs semaines, ils ont été des millions et de salariés a manifesté. Le gouvernement est resté sourd très longtemps, trop longtemps à leurs revendications, misant sur le pourrissement du mouvement. Et pourtant, la mobilisation s’est amplifiée et a fait finalement reculer ce gouvernement. Cette victoire est malheureusement entachée par une répression qui n’a d’autre sens que de punir celles et ceux qui ont été à l’origine de cette résistance. Parmi eux, des milliers de jeunes interpellés lors d’actions revendicatives sont condamnés dans la précipitation par les tribunaux, souvent dans le cadre de la procédure dite de « comparution immédiate », peu respectueuse des droits de la défense.

Comme lors du mouvement contre la loi Fillon, les jeunes se voient en fait reprochés d’avoir exprimé publiquement leur mécontentement, leur crainte. Ils sont aujourd’hui victimes de sanctions, administratives ou judiciaires : avertissements, exclusions massives, comparution au tribunal, bref, des sanctions injustes, arbitraires, injustifiées, qui compromettent notamment la scolarité de lycéens, la vie quotidienne de jeunes salariés ou de sans emploi.

Les sanctions sont décidément les seules réponses que le gouvernement apporte : au mal vivre des jeunes des banlieues, aux préoccupations exprimées par les jeunes sur leur avenir. Plusieurs associations, syndicats, partis politiques ont dores et déjà signé la pétition appelant à cesser l’acharnement répressif et souhaitent l’amnistie des jeunes anti-CPE.

Ces sanctions sont une atteinte à la liberté de grève, de manifestation qui est un principe à valeur constitutionnelle.

Les jeunes, et parmi eux des lycéens, des apprentis, ont pendant deux mois, mené ce mouvement dans le calme et la responsabilité. Leurs agissements ne peuvent être assimilés à un comportement délinquant et s’inscrivent clairement dans le cadre d’une action collective, citoyenne et pleinement légitime. La disproportion entre les faits reprochés et les condamnations est non seulement manifeste mais l’on est aujourd’hui en droit de se demander si nous n’assistons pas à une nouvelle expression de la criminalisation du mouvement social.

Alors que le CPE a été massivement rejeté, il serait totalement inadmissible que le pouvoir continue à vouloir faire payer sa défaite aux jeunes engagés dans ce mouvement. Monsieur le Président, parce que cette répression autoritaire et de plus en plus systématique est inacceptable, nous vous demandons : de quelle manière, envisagez-vous d’intervenir auprès du Premier Ministre pour que toutes les poursuites engagées et les peines déjà prononcées, contre les jeunes anti-CPE soient abandonnées ? Je vous remercie.

Question orale du mercredi 17 mai 2006
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